Pour ce nouvel essai, la star du jour se nomme Peugeot 408. Ceux qui suivent l’actualité de Kambouis se souviennent sans doute que Stéphane avait déjà signé la critique du premier épisode, avec dans le rôle principal la version hybride rechargeable de 225 chevaux.
Prise 1, Action !
Trois ans plus tard, l’épisode II s’affiche sur vos écrans. Mais, inutile d’attendre un changement de casting ou un spectaculaire retournement de scénario : loin d’être un reboot, cette E-408 est plutôt la suite très sage d’une franchise qui connaît déjà sa recette. Même silhouette, même mise en scène et presque les mêmes dialogues ; seul le moteur thermique a quitté le plateau, coupé au montage au profit d’une mécanique 100 % électrique de 213 chevaux.
Peugeot ne nous propose donc ni remake, ni spin-off, encore moins une révolution digne d’un blockbuster. La marque préfère capitaliser sur un personnage déjà installé, en lui offrant une nouvelle bande-son beaucoup plus silencieuse et quelques retouches de scénario. Une production sans cascade hasardeuse ni effets spéciaux démesurés, dont l’ambition semble surtout être d’élargir son public sans dérouter les fans du premier opus.
Reste à savoir si cette électrification suffit à donner un nouveau souffle à la saga, ou si la E-408 se contente de rejouer une histoire que l’on connaît déjà. Installez-vous confortablement : le générique est terminé, place à la projection.
Quel cinéma ?
Avant d’attaquer l’essai à proprement parler, pourquoi toutes ces allusions au cinéma ?
En marge de l’essai de la voiture elle-même, Peugeot nous a invités dans la région de Marseille pour nous parler de son partenariat avec les cinémas Pathé, pour promouvoir le cinéma français. Ce partenariat se caractérise par la mise à disposition de véhicules pour les tournages de films, mais aussi la présence de Peugeot dans certains films (Police Flash 80’ et Marsupilami). Pour nous rappeler le rapport entre cette nouvelle 408 et le monde du cinéma, Peugeot nous a ensuite emmenés à Provence Studios, où nous attendaient quelques illustres représentantes de la dynastie des « 40x » : la 403 Cabriolet de Columbo, la 404 Super Luxe conduite par le père du Petit Nicolas et, en vedette américaine, l’une des 406 V6 utilisées pour le tournage de Taxi 3.
De quoi retracer près d’un demi-siècle de carrière à l’écran, du flegmatique lieutenant à l’exubérant Daniel Morales. Il ne manquait finalement qu’une 407 de Taxi 4 pour compléter le casting et assurer la continuité jusqu’à notre 408. Après quelques tours à bord de la 406 et son bon vieux V6 ES9 volubile, place à l’essai de notre 408 électrique.
Le jeu des sept différences
Côté cosmétique, bien entendu, je savais en acceptant l’invitation que nous avions affaire à un restylage. Néanmoins, les maquilleurs ont eu la main particulièrement légère.
À l’avant, on remarque surtout la disparition des fameuses « dents de lion », remplacées par trois griffes lumineuses qui font désormais écho à la signature des feux arrière. À l’autre bout de la voiture, la principale nouveauté tient au bandeau lumineux intégrant le nom PEUGEOT. Pour le reste, il faut un œil particulièrement exercé pour distinguer ce second épisode du précédent.
À l’intérieur, le changement de décor est encore plus discret. Hormis quelques nouveaux graphismes pour le combiné d’instrumentation, rien de vraiment notable : mêmes acteurs, même plateau et pratiquement les mêmes accessoires.
Et, puisque nous en sommes à chercher les différences, passons à la fiche technique. Même batterie NMC 811 de 58,2 kWh utiles, même moteur électrique de 157 kW (soit environ 213 chevaux) et 343 Nm de couple, même puissance de recharge maximale de 120 kW et toujours une trentaine de minutes pour passer de 20 à 80 %.
Quant à l’autonomie, elle progresse de… trois kilomètres. Oui, trois : jusqu’à 456 km WLTP contre 453 km auparavant. À ce niveau-là, ce n’est plus un rebondissement scénaristique, mais un faux raccord.
Impressions à bord
Forcément, puisqu’on est davantage face à une version remasterisée du premier épisode qu’à une véritable suite, les remarques faites par Stéphane il y a trois ans restent largement d’actualité. Un intérieur toujours aussi ergonomique, bien fini, qualitatif au premier regard… mais très sombre, et toujours ce noir piano qui attire traces de doigts et poussières. Cette 408 reste aussi spacieuse à l’avant qu’à l’arrière, tandis que son coffre conserve une capacité respectable de 468 litres. C’est trois litres de moins que sur la précédente E-408, mais 53 litres de plus que sur la nouvelle PHEV 240, dont le volume chute à 415 litres.
Côté équipement, le jeu des différences réserve une petite surprise : la nouvelle venue gagne des fonctions électriques bienvenues, comme le préconditionnement de la batterie, le V2L ou le Plug & Charge, mais perd au passage quelques accessoires du premier épisode. Sur l’Allure, la pompe à chaleur, les sièges et le volant chauffants ainsi que la navigation connectée ne sont plus de série. Même scénario sur la GT, qui abandonne également l’ouverture mains libres du hayon. Il faudra désormais choisir la nouvelle GT Exclusive, ou passer par la case options, pour retrouver tout le confort du précédent opus. Une version enrichie sur le plan technologique, mais légèrement amputée au montage.
Au volant
Puisque Stéphane avait testé le PHEV, le fait de tester cette fois la version EV va me permettre de changer de focale pour ce nouveau film.
L’essai m’a donc fait parcourir les routes autour de la capitale phocéenne. Sur ces routes parfois étroites, le gabarit pourtant imposant de cette 408 se fait oublier, bien aidé par une bonne visibilité et une bonne position de conduite, qui permettent de rapidement prendre ses marques.
Sur les départementales de Provence, j’apprécie le châssis de la Peugeot, qui offre un excellent toucher de route, associé à une direction parfaite, mise en valeur par le petit volant typique de la marque au lion. Tout ça donne envie de hausser le rythme… malheureusement, le moteur électrique, malgré ses 213 chevaux, manque de peps. Les accélérations s’essoufflent vite et ne permettent clairement pas d’exploiter cet excellent châssis. On se consolera en se disant qu’avec un tel surdimensionnement du châssis, pas besoin de talents de pilote pour maîtriser la voiture en toutes circonstances… mais on se prend à imaginer une version PSE avec une centaine de chevaux supplémentaires (on peut toujours rêver).
Tarif de la séance
Pour assister à la projection, le billet d’entrée est fixé à 42 700 € en finition Allure. La GT réclame 45 250 €, tandis que notre haut de gamme GT Exclusive atteint 47 600 €, avant options et éventuelles aides.
L’Allure propose déjà une dotation correcte, avec notamment la climatisation bizone, le régulateur adaptatif, la caméra de recul et les deux écrans de 10 pouces. Mais, elle fait étonnamment l’impasse sur la navigation connectée, les sièges et le volant chauffants ainsi que la pompe à chaleur, pourtant particulièrement pertinente sur une voiture électrique.
La GT améliore la mise en scène avec les projecteurs Matrix LED, la navigation connectée, le maintien centré dans la voie, les radars avant et le hayon motorisé. Mais, il faut encore passer à la GT Exclusive pour obtenir de série la pompe à chaleur, les sièges électriques, chauffants et massants, le volant chauffant, la vision à 360 degrés et le système audio Focal.
À près de 48 000 €, le casting devient donc complet. Mais, le prix demandé place aussi la E-408 face à des productions autrement plus ambitieuses sur le plan électrique.
Une concurrence mieux armée
Si vous aimez sa silhouette de SUV coupé qui n’assume pas totalement le mot SUV, cette phase 2 conserve les qualités de la première : confort, espace à bord, excellent châssis et présentation flatteuse. Certains (dont je fais partie) pourront lui reprocher son manque de puissance, mais sans que cela soit véritablement rédhibitoire.
L’autonomie et la recharge qui stagnent sont en revanche beaucoup plus difficiles à pardonner sur un marché électrique aussi dynamique. Avec 456 km WLTP et une puissance de charge limitée à 120 kW, impliquant environ une demi-heure pour passer de 20 à 80 %, la E-408 paraît déjà techniquement datée.
À titre de comparaison, la Polestar 2 joue elle aussi la carte de la berline fastback légèrement surélevée. Elle est actuellement proposée à partir de 40 900 € dans le cadre d’une offre commerciale et peut atteindre 659 km d’autonomie WLTP. Le Renault Scénic E-Tech grande autonomie, vendu autour de 47 000 € au tarif catalogue selon la finition, associe quant à lui 220 chevaux, une batterie de 87 kWh et jusqu’à 625 km WLTP.
Ces rivales ne possèdent peut-être ni la même silhouette ni l’excellent toucher de route de la Peugeot, mais elles offrent entre 170 et 200 km d’autonomie supplémentaires pour un prix comparable, voire inférieur.
Le verdict
À près de 48 000 € en GT Exclusive, la E-408 facture cher son premier rôle. Le casting est séduisant, la mise en scène soignée et le châssis mérite les applaudissements. Mais, la batterie, les performances et la recharge semblent provenir d’une production à plus petit budget.
La E-408 reste donc recommandable à ceux qui privilégient son style, son confort et son comportement routier, particulièrement lorsque les longs trajets restent occasionnels. Pour les gros rouleurs ou les familles qui comptent régulièrement voyager, il faudra en revanche étudier attentivement le scénario : dans les salles voisines, la concurrence propose désormais des films sensiblement plus longs.















